Pour mon premier article, j’ai décidé de vous parler de la crépidule. Cet animal, relativement commun sur nos côtes, va me permettre, de faire à la fois, un peu de linguistique, un peu de biologie et pourquoi pas, un peu d’humour.La crépidule est un mollusque gastéropode (comme l’escargot), elle a une forme en bonnet dont la pointe (ou apex) peut être indistincte ou excentrée, mais toujours tournée vers l’arrière quand elle est distincte.
Les crépidules s’attachent aux rochers ou à d’autres coquillages (généralement des bivalves ou de gros prosobranches), et on les trouve depuis la limite inférieure de l’étage infralittoral jusqu’en eau profonde (plus de 800 m pour certaines), mais c’est en 1872 qu’elles ont été accidentellement introduites en baie de Liverpool, lors du commerce des huîtres.
Les crépidules s’empilent les unes sur les autres par ordre de taille décroissante, et forment des piles généralement constituées d’une douzaine d’individus, mais parfois davantage. Ainsi, les petits individus qui se retrouvent sur le dessus de la pile sont toujours des mâles, et les grands, en dessous, sont toujours des femelles.
Le nom correcte de la crépidule est Crepidula fornicata (Linnaeus, 1758). A priori, ce mollusque semble avoir un nom plutôt évocateur… Il est vrai que, comme l’écrit John Ciardi à la page 137 du Browser’s Dictionnary (Harper and Raw, 1980) « parce que les Romains… construisaient des arcades en maçonnerie dans les sous-sols de leurs grands bâtiments, et que les pauvres et les prostituées de la ville y habitaient… les premiers écrivains chrétiens inventèrent le verbe fornicari, qui signifiait fréquenter les bordels » (Gould, 1985). En réalité, c’est du latin fornix signifiant arche, voûte - ce qui rappelle la forme en bonnet du mollusque - dont se serait inspiré Linné lorsqu’il nomma l’animal trouvé dans un tiroir de musée ; animal dont il ne connaissait d’ailleurs pas la biologie. Un peu décevant, non ?
Néanmoins, Crepidula est un transsexuel naturel, ce qu’on nomme en terme technique, un hermaphrodite séquentiel (Gould, 1985). Au début de sa vie, le coquillage développe des caractéristiques mâles et au fil de sa croissance, il devient femelle. Les individus au milieu de la pile, eux, sont en train de passer d’un sexe à l’autre. C’est par la sécrétion de phéromones que l’individu fondateur de la pile attire les larves planctoniques en cours de transformation. Ainsi, l’individu fondateur grandit rapidement afin que le jeune au-dessus se transforme en mâle. La pile grandit jusqu’à équilibre des proportions entre mâles et femelles.
Si dans la nature, certains organismes peuvent passer du sexe mâle à celui de femelle et inversement ou changer au cours de leur vie, la crépidule fonctionne toujours dans le même sens, elle est d’abord mâle puis devient femelle ; on appelle cela l’hermaphrodisme protoandrique (ce mot dérive de deux mots grecs signifiant « mâle» et « premier ») ; l’inverse qui est l’hermaphrodisme protogynique est plus rarement observé dans la nature. Si vous voulez savoir pourquoi, je vous recommande un passionnant ouvrage d’un très grand Monsieur aujourd’hui disparu :
Bon, vous voulez peut-être savoir comment tout ce petit monde se reproduit ? Au cas où vous craindriez que l’isolement des mâles du sommet de la pile ne les réduise à l’homosexualité, je tiens à vous rassurer : leur pénis est bien plus long que leur corps tout entier et peut donc aisément se frayer un chemin jusqu’aux femelles du bas. Crepidula fornicata paraît ainsi bien mériter son nom (Gould, 1985). CQFD. À bientôt.
Iconographie :
http://www.ostrea.org/, dernière date de consultation : 21/02/2007
http://www.mtsn.tn.it/, dernière date de consultation : 21/02/2007 (modifié d'après)
Les crépidules s’attachent aux rochers ou à d’autres coquillages (généralement des bivalves ou de gros prosobranches), et on les trouve depuis la limite inférieure de l’étage infralittoral jusqu’en eau profonde (plus de 800 m pour certaines), mais c’est en 1872 qu’elles ont été accidentellement introduites en baie de Liverpool, lors du commerce des huîtres.
Les crépidules s’empilent les unes sur les autres par ordre de taille décroissante, et forment des piles généralement constituées d’une douzaine d’individus, mais parfois davantage. Ainsi, les petits individus qui se retrouvent sur le dessus de la pile sont toujours des mâles, et les grands, en dessous, sont toujours des femelles.Le nom correcte de la crépidule est Crepidula fornicata (Linnaeus, 1758). A priori, ce mollusque semble avoir un nom plutôt évocateur… Il est vrai que, comme l’écrit John Ciardi à la page 137 du Browser’s Dictionnary (Harper and Raw, 1980) « parce que les Romains… construisaient des arcades en maçonnerie dans les sous-sols de leurs grands bâtiments, et que les pauvres et les prostituées de la ville y habitaient… les premiers écrivains chrétiens inventèrent le verbe fornicari, qui signifiait fréquenter les bordels » (Gould, 1985). En réalité, c’est du latin fornix signifiant arche, voûte - ce qui rappelle la forme en bonnet du mollusque - dont se serait inspiré Linné lorsqu’il nomma l’animal trouvé dans un tiroir de musée ; animal dont il ne connaissait d’ailleurs pas la biologie. Un peu décevant, non ?
Néanmoins, Crepidula est un transsexuel naturel, ce qu’on nomme en terme technique, un hermaphrodite séquentiel (Gould, 1985). Au début de sa vie, le coquillage développe des caractéristiques mâles et au fil de sa croissance, il devient femelle. Les individus au milieu de la pile, eux, sont en train de passer d’un sexe à l’autre. C’est par la sécrétion de phéromones que l’individu fondateur de la pile attire les larves planctoniques en cours de transformation. Ainsi, l’individu fondateur grandit rapidement afin que le jeune au-dessus se transforme en mâle. La pile grandit jusqu’à équilibre des proportions entre mâles et femelles.
Si dans la nature, certains organismes peuvent passer du sexe mâle à celui de femelle et inversement ou changer au cours de leur vie, la crépidule fonctionne toujours dans le même sens, elle est d’abord mâle puis devient femelle ; on appelle cela l’hermaphrodisme protoandrique (ce mot dérive de deux mots grecs signifiant « mâle» et « premier ») ; l’inverse qui est l’hermaphrodisme protogynique est plus rarement observé dans la nature. Si vous voulez savoir pourquoi, je vous recommande un passionnant ouvrage d’un très grand Monsieur aujourd’hui disparu :
Bon, vous voulez peut-être savoir comment tout ce petit monde se reproduit ? Au cas où vous craindriez que l’isolement des mâles du sommet de la pile ne les réduise à l’homosexualité, je tiens à vous rassurer : leur pénis est bien plus long que leur corps tout entier et peut donc aisément se frayer un chemin jusqu’aux femelles du bas. Crepidula fornicata paraît ainsi bien mériter son nom (Gould, 1985). CQFD. À bientôt.Iconographie :
http://www.ostrea.org/, dernière date de consultation : 21/02/2007
http://www.mtsn.tn.it/, dernière date de consultation : 21/02/2007 (modifié d'après)